Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 20:43

 

 

 
1) Un nom déjà porté par d'autres bateaux...

 

Danycan est un nom qui fût déjà porté par d'autres bateaux:

Le premier bateau d'entre eux  fût vraisemblablement « Le Danycan », premier commandement de Duguay-Trouin alors qu’il n’a que 18 ans et demi aux environs 1691.

  

Le second bateau ayant porté ce nom et dont j'ai eu connaissance aurait été une petite frégate dont le port d’attache aurait été Dunkerque...commandée vers 1692 par un certain Vaughan.

  

 Biche Dundee Grosillon 1987< Biche, Thonier Dundee, dans les îles anglo-normandes en 1987 aux caractéristiques proches du Commandant Danycan (photo archives Lamache)

 

 

 

Un troisième bateau de 280 tonneaux, baptisé Danycan, aurait embarqué vers 1711, 26 canons et 112 hommes d’équipage. Commandé par un certain Padet, ce voilier était rattaché à Saint-Malo. Puis, selon Annie Petorrelli du Centre d'Animation Historique du Pays de Port Louis (voir liens), un dundee de la flotte de pêche au thon de la région de Port-Louis immatriculé L1616  aurait porté le nom du Commandant Danycan et aurait navigué jusqu'en 1926.

 

Dundee Commandant DanycanLe Commandant Danycan - orthographe exacte - est référencé dans le Dictionnaire de JM Roche comme étant un ketch de pêche armé de 60 tx qui fut réquisitioné à Lorient du 13.4.1917 au 26.12.1918 en tant que patrouilleur auxilliaire. source Annie Petorelli du CAH de Port Louis  (voir liens)               >

 

 

2) ...et chargé d'histoire

 

Je commençais mes recherches sur les origines du nom de mon voilier malade en exhumant de ma bibliothèque l’« Histoire des Corsaires » de Jean Merrien parue aux éditions l’Ancre de Marine qui me révéla l'existence des frères Danycan, corsaires ayant pratiqué la course aux côtés de Dugay-Trouin. Il fallait que je creuse encore ma compréhension de l’origine du nom de mon  bateau.

 

C’est Yvon Delandes, le précédent propriétaire, qui me sortit de l’ornière en me fournissant, lors de nos premiers échanges épistolaires,  trois extraits bibliographiques sur Noel Danycan.

-Une chronique du vieux Saint Servant  

-Deux articles  non datés.

 

Puis, un an après l’achat alors que les travaux de restauration de mon voilier avançaient lentement, Mme Pettorelli   me permit de bien compléter mes sources.

 

Enfin, je ne dois pas omettre de dire que les notes d'introduction du livre de bord de Mme de Barbentane (ex épouse du comte de Rosanbo) faisaient référence à un livre du 19ème dont je pus prendre connaissance et qui m’a permis de réaliser que la référence du nom de Danycan pouvaient venir de plusieurs membres d'une famille de grands armateurs, donateurs ou corsaires malouins.

Il est d'ailleurs surprenant  que cette dernière ne soit pas plus souvent citée dans nos livres d’histoire  tant cette famille, établie en Bretagne et originaire de Normandie, a eu de l’influence au plan local, régional comme au plan national.

 

Noël Danycan, le fondateur (1608- 1688):

 

Son épouse lui donna quinze enfants dont seulement cinq arrivèrent à l’âge adulte. Parmi ces derniers :

-         Noël dit « le Grand Danycan », Sieur de l’Epine,

-         Louis-Paul, Sieur de la Cité,

-         Joseph-Servan, Sieur du Rocher

-         et Julienne qui épousera Jean Le Provost Sieur de la Roche.

 

 Les garçons, sous la direction du Grand Danycan firent prospérer l’activité héritée de leur père jusqu’à lui donner la dimension d’une maison d’armement majeure en Europe.

 

 

Noël dit le Grand Danycan, Sieur de l’Epine (1656- 1734):

 

 

Né en 1656, le « Grand Danycan » fut d’abord un marin. Il servit dans la marine et commanda des vaisseaux appartenant à son père l’armateur.

A son tour il arma des navires et lança des vaisseaux qui prirent la course et connurent de grands succès dès 1688. Sur commission du Roi, il pris également le commandement de deux grosses unités comportant jusqu’à 50 canons qu’il associa en 1692  à six de ses propres bateaux commandés par ses frères pour  conquérir les côtes de terre-neuve et  faire des prises importantes aux anglais. maison Danycan

Ces victoires marquent  le début de la prospérité de la famille Danycan. 

 

Maison de la famille Danycan à Saint-Servant (archives Lamache 2010)  >

 

Le ministre l’autorisa en 1698 à essayer de découvrir le passage de Magellan et à cette occasion les navires qu’il armait explorèrent les « îles Malouines » dont un chapelet de petites îles au sud de l’Ile Est allait porter son nom[1] (rebaptisées depuis en Sea Lion Islands par les Anglais) et ne furent pour la première fois habitées par les malouins qu’à partir de 1764 alors que les anglais les avaient découvertes en 1592.



[1]et s’orthographiait sur les vieilles cartes  « Les Iles  D’Anican », dénomination donnée en 1703 par le Jésuite Français Nyel  en l’honneur de l’armateur Danycan.  Le Père Nyel attribua vraisemblablement  à l’Ile située au Sud-sud-ouest de l’Ile D’Anican le nom du capitaine du Saint-Charles  à savoir l’Ile de Beauchesne. Le capitaine s’appelait Gouin de Beauchesne. Plus tard sous l’impulsion de Bougainville en 1764, des familles malouines  rejoignèrent des acadiens installés dans la première cité, Port-Louis, située sur l’Ile orientale des malouines.

 

 

 

Il prit part à la compagnie des Indes installée au Port-Louis (selon les éléments transmis par le CAH)  où il s’établit en 1691. Puis , il créa la compagnie des mers du sud en 1698 constituée d’une vingtaine des plus riches financiers de France, et obtint ainsi le privilège de commercer avec l’Amérique du sud où assez rapidement il fit fructifier sa fortune. Il fut nommé Chevalier de l’Ordre de Saint-Michel en 1702.

Quatre ans plus tard, il investit de manière conséquente dans la Compagnie de Commerce de Chine en acquittant les dettes de cette dernière et fondant une nouvelle société (la compagnie de Chine) tout en étant par ailleurs directeur de la Compagnie de Moscovie.

 

En 1709, il prêta 14 millions sur les 30 millions empruntés par le trésor au groupe de financiers et d’armateurs réuni dont il faisait partie et abandonna quelques temps après une partie de sa créance au profit du Trésor Royal qui en avait énormément besoin étant donnée la situation difficile dans laquelle l’Etat se trouvait du fait d’un hiver rigoureux, d’une révolte montante dans un contexte de disette effroyable et d’une guerre de succession d’Espagne concomitante.  Pour le remercier, le Roi  lui consenti différents fermages et titre de noblesse. Il put ainsi acquérir divers comtés et marquisats, ainsi qu’obtenir l’exploitation des mines de Bretagne et du Bourbonnais et le Roi lui accorda différentes charges dont celle de Conseiller et secrétaire du Roi, Maître à la chambre des comptes de Paris.

Richissime, Danycan n’en fût pas moins généreux : il fit construire le  Couvent des Recollets (Sainte-Anne), et celui des Dames de la Retraite, rue de la Vigne-au – Chapître. Il fut l’un des principaux fondateurs de l’Hôpital Général et du petit séminaire de la Concorde. Le Chevalier Danycan fit également un don en faveur de l’Eglise de Sainte –Croix.

 

En 1711, il fut l’un des armateurs de l’expédition pour la prise de Rio de Janeiro commandée par Duguay-Trouin.

Il mourût en 1735 à Paris à l’âge de 80 ans.

 

Joseph-Servan, Sieur du Rocher (1674 – 17XX) :

 

Né à Saint –Malo, Joseph-Servan Danycan fut  un ami et émule de Duguay-Trouin âgé d’une année de plus que le Sieur du Rocher.

Dès ses vingt ans son frère Noël, l’armateur, lui confia le commandement du Succès, un 24 canons. Le commandement du Diamant, un 50 canons lui permit de faire des prises comme le Saint-Antoine aux Espagnols. Toujours sur le Diamant , il partit sur ordre du Roi défendre les pêcheries françaises de Terre-Neuve en assurant le commandement de toute la flotte malouine dont le Harcourt (40 canons), le Comte de Toulouze (30 canons), le Philippeaux (40 canons) dont le capitaine fut Louis-Paul son frère, le sieur de la Cité, le Vendôme (32 canons) et la Marie une flûte de 20 canons. L’escadre fit éprouver aux anglais de nombreuses pertes et captura de nombreuses unités anglaises.

Ses commandements suivants furent le Martinet un 30 canons en 1701, le François un 36 canons en 1702. Son commandement du Falmouth, un 58 canons armé par son frère à destination du Pérou , fut très difficile et marqué par le scorbut, les tempêtes et un échouage ; Malgré son sang froid reconnu , il ne pu sauver que 21 hommes sur les 198 hommes à bord (officiers compris) dont 170 moururent du scorbut  en conséquence de prises de risque inconsidérées au départ. Il  mit du temps à se remettre de cette rude épreuve.


Les précisions et corrections sur mes premières recherches relatées sur ce blog a propos de  cette effroyable période de commandement du Sieur du Rocher m' ont été apportées par Mme Thauront dont une ancètre avait été mariée à l'un des officiers mariniers ayant péri dans ce désastre. Cette lectrice me dressa le bilan exact supra et m'apporta les éléments ci-après  tout en me précisant ses sources ( la Revue Maritime Coloniale t.123 p,109-127, Léon Vignols " Naufrage et aventures d'un équipage malouin aux côtes sud-américaines en 1706") : "Le Falmouth part de Brest le 10 novembre 1705 pour les mers du sud (Pérou), armé de 50 canons avec un équipage de 198 hommes (capitaine compris), sous le commandement de Joseph Danycan (1676-1728), sieur du Rocher, frère de l’armateur Noël Danycan. On avait, au départ, surchargé le bâtiment de marchandises, si bien qu'on ne pût embarquer une quantité suffisante de vivres ; et en route on négligea de compléter la provision, obéissant ainsi à l'ordre de Noêl Danycan, l'armateur qui avait ordonné de se rendre directement au détroit de Magellan. Après une brève relâche pour faire de l’eau (et prendre quelque gibier et poisson frais) sur la côte de la Terr e de Feu, le navire s’engagea dans le détroit de Magellan, qu’il réussit à franchir le 13 mai, au terme d’efforts puissants ... mais pour se retrouver aussitôt « repoussés et rétrogradés jusqu’aux 57ème [de latitude sud ] ... par la violence du vent, la grosse neige et toutes les malignités de l’air et de la mer ». Avec « 170 hommes malades » - sur un équipage de 198 marins – Le Falmouth se trouvait incapable de remonter au vent pour gagner le Chili, ce qui conduisit l’état-major le 21 mai à décider de faire demi-tour pour regagner ... la rivière de La Plata, en essayant au moins de sauver le navire et les hommes. C’était l’échec, qui devait dégénérer en tragédie après l’échouage du navire près de Montevideo, son pillage par les Indiens et la mort de 170 marins victimes du scorbut. Mouillé sous le cap Sainte·Marie le 7 juillet et près de l`île Flores le 10 juillet. Le 12 du même mois, neuf hommes sont dépêchés dans le ca not vers Buenos-Aires, mais le canot se perd avec ceux qui le montaient. Un nouveau groupe de vingt—deux hommes quitte le vaisseau dans la chaloupe le 26 juillet et arrive à Buenos-Aires le 15 août. Deux chaloupes envoyées pour porter des vivres au vaisseau n’y trouvent que des cadavres. De tout l`équipage il ne reste que 21 hommes. Le vaisseau est ensuite perdu et une partie des marchandises pillée par des Indiens. Le capitaine arrivera avec le vaisseau du roi "l’Africain" à La Rochelle le 25 septembre 1707." 

 

 

 


A la demande de Dugauy Trouin  et de son frère Noël, il commanda ensuite le Chancellier dans le cadre de l’expédition de Rio de Janeiro en 1711.

Il fut considéré comme un valeureux et intrépide corsaire auteur de très nombreuses prises.

    

Louis-Paul, Sieur de la Cité (16- 17XX):

Ainsi que nous avons pu le voir ci-dessus, Louis, Sieur de la Cité, commanda plusieurs corsaires (le Philippeaux, le Deux Amis, le Duc de Vendôme)  appartenant à son frère et participa à la prise de Rio-de-Janeiro sur le Mars  en tant que Capitaine de Vaisseau commissionné par le Roi, alors que son frère  non commissionné assura le commandement du Chancelier.

 

   

Julienne Danycan épouse de Jean Le Provost, Sieur de la Roche (16XX- 17XX) :

 

Julienne Danycan donna aussi dans l’armement puisque son époux Jean Le Provost arma notamment le corsaire le Danycan ( une petite frégate de 14 canons et 98 hommes d’équipage)  juste avant que Duguay-Trouin n’en prit le commandement  à 18 ans et demi sous le nom du Coetquen, le changement d’armateur ayant induit un changement de nom de baptême du corsaire.

La petite sœur se montra tout aussi charitable que le grand Danycan : Les archives de la ville de Saint-Servant ont conservé l’acception par le « Général », le 18 août 1709, des conditions fixées par Jean Le Provost, Sieur de la Roche, et par sa femme née Julienne Danycan, relative à la fondation de l’Hôpital du Rosais. Cette fondation coûta à cette dernière, la somme, considérable à l’époque, de quatre cent mille livres.

 

 

 

 

 

 

 

 



Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick
commenter cet article

commentaires